J'ai l'impression que le Dépendant Affectif dépense beaucoup d'énergie à vouloir tout contrôler, et en particulier son entourage. En tout cas, c'est ce que je fais depuis des années avec mon épouse. Principalement pour éviter que le pire n'arrive, pour tenir éloigné l'objet de sa terreur : la separation, la perte de l'être aimé, l'abandon !
Dès que j'ai commence à percevoir des signes d'éloignement de sa part, je suis entré en mode panique et j'ai commencé à essayé de la contrôler chaque jour un peu plus.
Je suis passé par plusieurs phases (ou types) de contrôle. Et je ne réalise, que maintenant, que le mot contrôle à plusieurs sens.
Quoi ? Moi ?
Il y a un peu plus d'un an, dès nos premières séances, ma psy a évoqué ce besoin de tout contrôler.
Centré que je suis, sur moi-même (en bon Dépendant Affectif), j'ai tout de suite raccroché ses propos au fait de contrôler mes émotions, de contrôler mes comportements. Effectivement,j'ai du mal à lâcher prise, mais je ne voyais la notion de contrôle qu'à travers mes propres actes de contrôles : me contrôler, me tenir bien, ne pas dire les choses, ne pas pleurer, ne pas laisser sortir mes émotions.
Je me suis mis alors à tenter de m'extérioriser, de dire les choses, de laisser mes émotions sortir. Et je l'ai bien sûr fait très maladroitement, parfois avec violence, parfois lors de colère, etc...
Bref, je pense que je faisais, en partie fausse, fausse route.
Contrôle = Manipulation ?
Ensuite sans m'en rendre compte, je suis entré dans une phase de contrôle de mon épouse. Je pense pouvoir ajouter sans me tromper, que cela faisait des années, avant même les débuts de notre crise de couple, que j'avais déjà commencé à tout faire pour la contrôler (et donc la garder).
Le DA est excessivement doué pour obtenir ce qu'il veut, et surtout des signes d'attention, d'affection, d'amour. J'ai encore du mal à avoir des exemples concrets de ce contrôle d'avant la période de notre crise de couple, mais par exemple, je me souviens que je pouvais forcer mes douleurs lorsque j'étais malade.
Dans quel but ?
Tout simplement (ou bêtement dirai-je) pour obtenir l'apitoiement de mon épouse, et donc des signes d'attention d'autant plus importants (me faire dorloter, chouchouter comme maman le faisait avec moi lorqsue j'étais enfant).
Contrôle = Maîtrise de l'autre ?
Lorsque notre crise de couple a éclaté, mon contrôle s'est mis à prendre une forme plus directe (tout en restant subtile je pense). Elle-même vivant des périodes de grandes difficulties (Fausse couche, tentatives de FIV, harcèlement au travail, perte d'estime d'elle, etc), je suis entré de façon flagrante dans le rôle du Sauveur, en lui donnant des conseils sur l'attitude à avoir, sur ce qu'elle devait faire pour s'en sortir, etc...
Mais aussi en "prenant le taureau par les cornes" comme on dit, pour mettre en place, parfois à sa place, ou avec de fortes incitations, les actions que je pensais être bonnes pour elle. Je me suis mis alors à organiser certains éléments de sa vie pour l'aider, la soulager : des sorties, des fêtes surprises. Et puis surtout, je la bombardais de questions, afin d'être dans une sorte de "co-production" de solutions pour l'aider. Fusionnels comme nous l'avions été, il n'y avait pas de raison que nous ne puissions nous en sortir ensemble, tous les deux avec moi comme moteur ! (en gros devenir le super sauveur, le super mari pour qu'elle m'aime d'autant plus et ne me quitte pas...)
Grosse erreur, l'engrenage se mettait en place, et en m'imiscant ainsi dans la douleur de mon épouse, en voulant la faire mienne et la guérir, j'ai commencé à l'étouffer, à l'empêcher de faire son chemin, son deuil, l'empêcher d'évoluer, d'avancer à sa manière à son rythme, et donc à contribuer à l'emprisonnement qu'elle sentait déjà dans sa vie personnelle et professionnelle.
Je suis devenu omni-présent, lourdingue, la couvrant de signes de mon amour et de ma présence, persuadé que cela pouvait l'aider, mais ne voyant absoluement pas ses propres besoins, ni son désir de liberté, de tranquilité, etc...
Peut-être (je n'en suis pas encore sûr), que je voulais surtout l'assurer follement de mon amour, pour qu'elle aussi m'aime follement et donc ne me quitte pas.
l'effet à été inverse. En l'étouffant, j'ai contribué à accroître son besoin, son désir de liberté. Je l'ai saoulée, j'ai déployé l'enfer autour d'elle !
Contrôle = Surveillance ?
Elle est donc devenue de plus en plus distante, refusant de me donner ce que je désirai plus que tout au monde, incapable que j'étais de vivre sans elle, de satisfaire mes propres besoins sans elle (normal, j'avias toujours fait passer mes besoins après ceux des autres pour leur être agréable et donc qu'ils m'aiment...), incapable de m'aimer seul, incapable même de vivre avec moi. Je me suis mis à vivre encore plus par elle, pour elle, via elle !
La distance qui s'installait accroissait la souffrance de ma dependence, du manque, et je mettais alors l'accent sur le fait d'autant plus la contrôler... savoir ce qu'elle pensait, savoir comment elle allait, savoir où elle était, savoir avec qui elle était, savoir comment s'était passée sa soirée, savoir pourquoi elle regardait à droite, savoir pourquoi elle regardait à gauche, savoir pourquoi elle avait mal dormi, savoir pourquoi elle ne répondait pas à mes SMS dans la minute qui suivait le mien, etc, etc, etc... (J'exagère un peu, mais peut-être pas tant que ça...)
Contrôle = Volonté de Possession ?
Avec l'éloignement, elle a sûrement dû me cacher des choses et j'avais donc de moins en moins d'emprise sur son quotidian. Elle m'échappait. (Ca a été jusqu'à l'adultère pour elle !)
Et là où le contrôle est insidieux, pervert, et afrreusement destructeur, c'est qu'en réalisant que je ne pouvait pas la contrôler, ni la faire changer, ni la faire aller dans le sens que je voulais, je me suis mis à penser à sa place. Interprétant chacune de ses paroles, chacun de ses gestes, chacun de ses signes, chacune de ses actions, chacun de ses regards ou absence de regards.
N'ayant pas de réponse, n'ayant pas ce que je voulais, ou bien n'ayant pas ce que je voulais comme je le voulais, je comblais ce vide en gambergeant, en ressassant, en imagineant, en me torturant... mais surtout en voulant garder la possession de ma chose, et comme je ne pouvais physiquement la contraindre à ma volonté, je me permettais de penser à sa place... Une prise de possession vituelle.
Vous me direz que cela n'a que peu de consequences puisque le contrôle devenant virtuel, je la laissais finalement tranquille ?
Sauf que penser à la place de l'autre m'a conduit à me persuader que ce que j'imagineais était reel, était vrai.
Un regard de travers : elle ne m'aime pas !
Pas de bisous le matin : elle va me quitter !
Pas de SMS dans la minute qui suit le mien : elle est avec son amant !
Elle exprime une fatigue : c'est ma faute, je ne suis qu'un con, je n'existe plus pour elle !
Elle sort avec ses amies : elle me ment, elle va voir son amant et je n'existe plus pour elle puisqu'elle prend du plaisir avec d'autres que moi...
Etc, etc, etc, etc...
Le pouvoir de la pensée étant d'une incroyable force, je devenais persuade que je devinais ses pensées. Et comme elle ne m'aimait plus (ou plutôt je me persuadais qu'elle ne m'aimait plus), et bien cela avait un impact sur moj comportement au quotidien. Passant de la déprime, au désarroi, de la colère à la panique, je passais par toutes les émotions que peut ressentir un Dépendant Affectif lorqu'il se sent abandonné et revit son abandon d'enfant, mais surtout cela modifiait totalement mon comportement et donc la relation avec ma femme, accroissant d'autant plus la distance entre nous !
Je polluais notre relation déjà difficile, par un comportement basé sur une supposition d'une éventuelle pensée de sa part...
Contrôle = Torture et Manque de respect, Viol de l'intimité et Culpabilisation destructrice !
Mais qui suis-je pour penser à la place de l'autre ?
Qui suis-je pour vouloir changer l'autre et surtout changer l'autre comme JE le veux, à MA manière et selon MA méthode ?
De Sauveur, je suis devenu Bourreau... Mon propre Bourreau... Notre propre Bourreau...
Ecrire cela me fait beaucoup de mal, car j'ai le sentiment d'avoir tout fait pour perdre la femme que j'aime. Je me sens responsable de tout ce qui nous arrive. Je lui ai manqué de respect, je l'ai considérée comme MA chose et j'ai eu le sentiment de pouvoir disposer d'elle à ma guise pour combler un vide dont elle n'est pas responsable. (Elle a d'autres responsabilités, mais pas cele-là, c'est clair...)
J'ai l'impression que je suis le seul fautif, et surtout que cette faute sera impossible à arranger et que la seule conséquence sera la séparation (Tiens tiens, ce fameux sentiment d'abandon de nouveau qui ressort ? Et cette culpabilité extrême : n'est-ce pas un autre symptome du Dépendant Affectif en plus de la dramatisation, la victimisation, l'autoflagellation, etc ?) !
J'ai l'impression que je suis le seul fautif, et surtout que cette faute sera impossible à arranger et que la seule conséquence sera la séparation (Tiens tiens, ce fameux sentiment d'abandon de nouveau qui ressort ? Et cette culpabilité extrême : n'est-ce pas un autre symptome du Dépendant Affectif en plus de la dramatisation, la victimisation, l'autoflagellation, etc ?) !
Je dois en parler à ma psy la prochaine fois, et tenter de tenir éloignées ces pensées negatives jusqu'à la prochaine séance...
Mais en conclusion, je dois arrêter de vouloir la contrôler, me concentrer sur l'identification de mes besoins, trouver comment les satisfaire et m'apporter la joie, l'apaisement d'être avec moi, m'aider et la laisser faire son chemin pour qu'elle se trouve elle-même, sans mon aide, sans ma pollution.
Apprendre à vivre sans Elle, pour mieux vivre avec Elle !
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